« Punk rock is good for you »

Sa nouvelle page Facebook l’annonce crânement: « Punk rock is good for you ». Nan Hools est la voix des Hooligan Crooners, pas braillarde ni agressive, mais profonde, plutôt veloutée, un rien rocailleuse. Avec le bassiste Barry (Bools) Phillips, le guitariste Kouett Bugman et le batteur Clément Passant, il forme un groupe dans la pure tradition de la vague punk de 76 mais avec une musique qui a pris le temps de murir et de se frotter à pas mal d’influences. Le Miradole l’a rencontré assez longuement et même si votre serviteur milite pour les interviews à taille humaine, il n’a pas tous les jours l’occasion de parler de la musique qu’il aime avec quelqu’un qui la connait bien mieux que lui. Micro !

MIRADOLE.- Hooligan Crooners… Vous formez un groupe pour le moins hétéroclite…

NAN HOOLS.- On s’est rencontré tout simplement via un billet sur la page d’un groupe Facebook, the Punk Wars Veterans Association qui regroupe des amoureux du punk des années 70. Barry en est le créateur. On a communiqué et à force, je lui ai envoyé ce que je faisais. On s’est échangé via Internet des idées de morceaux. Il est descendu ici et tout s’est enchainé naturellement. Kouett, je le connais depuis des années. Beaucoup d’affection pour le personnage. Il nous fallait un guitariste, j’ai aussitôt pensé à lui. Pour Clément le batteur, ça s’est fait via Music’Boutic. Jean-Baptiste qui joue avec Kouett nous a dit: y a un petit batteur génial qui pourrait être libre. Voilà.

MIRADOLE.- C’était quand?

NAN HOOLS.- Janvier 2015.

MIRADOLE.- Si votre premier EP était sorti en 76, on aurait trouvé que vous jouiez déjà vachement bien et que c’était drôlement mélodieux. Et je ne parle même pas de la voix.

NAN HOOLS.- Comme les Boys par exemple, c’était énormément de mélodies. Les Buzzcocks aussi, condensé mais hyper mélodique.

MIRADOLE.- Mais votre voix est beaucoup grave, posée, une voix de crooner, loin de la voix nasillarde des Buzzcocks à l’origine. Et la musique vient avec.

NAN HOOLS.- Ça, c’est l’amour de la pop, l’amour de la mélodie.

MIRADOLE.- Comme chez les Undertones qui en fait n’ont jamais été vraiment punks…

NAN HOOLS.- Il y a plein de groupes qui ont été englobés dans le mouvement punk mais qui ne l’étaient pas à proprement parler.

MIRADOLE.- Dans votre premier maxi EP, il y a presque un côté romantique. Dans le titre « Kings of Summer » par exemple…

NAN HOOLS.- Ce sont des chansons d’amour posées sur des guitares énervées. Il y a beaucoup de métaphores, grâce à Barry bien sûr. On écrit les deux en fait. On s’échange des idées. Parfois, c’est lui qui écrit tout le morceau. Parfois c’est moi. On travaille vraiment en binôme.

 MIRADOLE.- Du coup, les gamins n’ont pas leur mot à dire au niveau paroles?

NAN HOOLS.- Pas au niveau des paroles en tous cas.

MIRADOLE.- On en arrive donc au deuxième EP, encore tout frais. J’écoute les deux premiers morceaux. C’est ce que j’attendais mais avec toujours des petites trouvailles musicales intéressantes. Vous devez quand même beaucoup bosser, non?

NAN HOOLS.- Barry a une expérience qui est déjà assez phénoménale. Il a joué avec Demob, les Blitz Boys, des groupes connus en Angleterre, pas connus en France. Il a aussi cette touche de Jesus and Mary Chain. C’est un passionné de musique, de mélodies mais aussi de country, donc je pense qu’on retrouve un peu toutes ces influences dans notre musique.

MIRADOLE.- Bon, je continue d’écouter le EP. Et puis là sur « Lydia », je tends l’oreille, je me repasse le morceau et je me dis: tiens, y a un nouvel instrument, un orgue, et là, ça m’a fait pensé à Bauhaus… il y a un espace qui s’ouvre, un vertige et du coup, la voix n’est plus la même…

NAN HOOLS.- Elle est un peu plus rock, un peu plus rauque.

MIRADOLE.- Et sur Twisted, là, j’ai vraiment été surpris…

NAN HOOLS.- Alors ça, c’est Barry tout seul qui a fait ce morceau, qui a été retrouvé un petit riff de guitare, qui a pondu des paroles tordues là-dessus et qui a voulu en faire un petit hymne différent, à part de ce qu’on fait habituellement. Ça me fait pensé à certains morceaux des Godfathers. Le riff est assez répétitif, il y a ces paroles tordues dessus, et ça donne vraiment un truc à part. C’est un OVNI.

MIRADOLE.- Oui ! mais on n’en a pas encore fini. Le EP, je ne sais comment vous l’avez boutiqué ensemble mais après les touches d’électro…

NAN HOOLS.- Les samples…

MIRADOLE.- Eh bien là, je suis tombé des nues avec les remix…

NAN HOOLS.- On fait de la musique punk rock mais on est ouvert à tout. On adore plein d’autres styles. Notre amour premier, c’est le punk rock mais on est ouvert aussi à certaines musiques électroniques, à la country…

MIRADOLE.- Ça m’a rappelé la démarche d’un certain nombre de groupes punks à l’origine comme les Damned, PIL…

NAN HOOLS.- C’est surtout aussi le fait d’avoir des potes qui bidouillent nos morceaux. C’est à dire qu’on leur envoie nos morceaux et il en font ce qu’ils en veulent. Et ça, on trouve ça intéressant aussi.

MIRADOLE.- Et ce n’est pas un risque par rapport à votre public?

NAN HOOLS.- Si, mais il faut savoir prendre des risques.

MIRADOLE.- Mais quand je dis votre public, je ne sais pas exactement qui vous suit…

NAN HOOLS.- C’est surtout européen. Pour ce qui est de l’électro, la personne qui est éthiquement pur punk rock ne va même pas dénier écouter. La personne curieuse, elle, va écouter. On a eu des bonnes critiques parce que c’est des gens sérieux qui ont remixé. Le guitariste des Boys a refait une version rock de Frankly , et après c’est le chanteur d’EMF, un groupe connu des années 80, un ami de Barry qui a flashé sur le morceau et qui a voulu en refaire un truc. Ensuite il y a Ollie Dollboy qui est aussi un ami de Barry qui a remixé électroniquement tout ça. Et puis bien sûr Milo Holy Beard Saintebarbe qui signe le remix final de Twisted.

MIRADOLE.- Et du coup, c’est vraiment de l’électro. J’ai été impressionné par votre démarche mais c’est finalement l’évolution qu’a suivi la musique dans les années 80.

NAN HOOLS.- Tout à fait. Après ce ne sera pas le but ultime. Ce sont deux maxis. Donc on s’est dit: pourquoi ne pas gratifier le public de deux morceaux dans une veine totalement différente?

MIRADOLE.- Du coup, il y a un projet d’album?

NAN HOOLS.- L’été prochain si tout va bien. Normalement, il y a deux tournées européennes et l’album qui sera enregistré pendant l’été.

MIRADOLE.- Vous venez de faire un saut à Berlin…

NAN HOOLS.- Au Wild at Heart, un endroit mythique.

MIRADOLE.- Et pour les prochaines tournées?

NAN HOOLS.- On travaille sur l’Angleterre, sur la Hollande, la Belgique, l’Allemagne, beaucoup l’Allemagne car les Allemands sont plus ouverts musicalement que nous ne le sommes en France. Et il y aura aussi des dates parisiennes et lyonnaises.

MIRADOLE.- Vous avez un manager?

NAN HOOLS.- On travaille avec des tourneurs. Mais on tient à notre éthique de DIY, « do it yourself » et on travaille tous les jours avec Barry pour faire avancer le groupe. Vu qu’il n’y a plus de vraies maisons de disques et qu’elles ne veulent plus prendre de risques surtout sur de la musique comme ça, on va le faire nous mêmes.

MIRADOLE.-  Et qui s’occupe du graphisme plutôt chiadé?

NAN HOOLS.- Fred Juret, c’est un ami qui est à Avignon mais que j’ai rencontré ici. On a créé ce personnage ensemble. Le nom Hooligan Crooners a bien une signification, comme le petit diable et le petit ange sur l’épaule de chacun. Et la musique reflète bien ça avec la voix qui est assez crooner et la musique qui est assez énervée. Et on voulait un personnage qui définisse l’image du groupe: il l’a trouvé avec ce chapeau melon qui fait un peu orange mécanique, Arsène Lupin…

MIRADOLE.- Le Joker aussi…

NAN HOOLS.- Tout à fait.

MIRADOLE.- Vous écoutez quoi en ce moment?

NAN HOOLS.- Je reviens à des groupes australiens comme les Saints parce que je n’ai jamais pu en décrocher. Et puis l’énergie qu’il y a là-dedans, c’était faramineux. Pour moi, c’est l’un des meilleurs groupes punks. Et c’est australien. J’écoute aussi les Cosmic Psychos, des Australiens encore. J’écoute beaucoup de rock australien d’une manière générale. Et puis bien sûr tous les jours une petite dose de Buzzcocks.

MIRADOLE.- L’accueil de la critique est plutôt bonne. Est-ce ce n’est pas dû au fait qu’on a fait une boucle complète et qu’on revient aux sources?

NAN HOOLS.- C’est les 40 ans du punk. Il y a eu un superbe festival à Vienne cet été où il y avait les Boys, les Damned, six ou sept groupes dans les arènes antiques de Vienne. Il n’y a pas eu le public escompté mais c’était une sacrée fête. Je pense qu’on revient à une musique un peu punk. Le paysage musical est un peu triste en ce moment. Mais avec des groupes nouveaux, les jeunes se remettent à écouter des anciennes choses.

Hooligan Crooners sur Facebook pour suivre l’actualité du groupe et https://hooligancrooners.bandcamp.com/

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