Découvrir ce que la toile avait de caché

Elle aime Paul Klee et Jean-Michel Basquiat. A regarder les toiles de Séverine Chavanon, on n’en est pas surpris. Mais cette jeune artiste doloise ne s’inspire pas de ces amours picturales. Difficile avec elle d’ailleurs de parler de ses sources d’inspiration. Pas de voyages exotiques, un séjour au Mexique il y a déjà quelques années peut-être mais rien qui pourrait expliquer ces odyssées oniriques auxquels ses toiles invitent. Alors le Miradole a décidé de parler technique avec elle d’autant que Séverine Chavanon est autodidacte. Micro !

LE MIRADOLE.- Votre manière de peindre est-elle aussi personnelle que singulière?

SEVERINE CHAVANON.- Ce que j’aime, ce sont les accidents heureux. Sans le savoir, je fais des choses où j’ai l’impression que tout va rater. Mais c’est ce qui au contraire provoque l’accident et ce que j’avais escompté se produit alors sur la toile.

LE MIRADOLE.- Et plus concrètement?

SEVERINE CHAVANON.- Je passe beaucoup de temps à travailler mes fonds pour apporter de la matière avec pas mal d’enduit.

LE MIRADOLE.- Sans couleur encore? Sans dessin?

SEVERINE CHAVANON.- Je travaille la texture en fait, je peux même arriver à coller du papier cartonné ou carrément du carton. Chez moi, j’ai des petits dossiers remplis de bribes de journaux ou des motifs que j’ai arrachés sur des magazines et que je vais coller. Et après je commence un tâtonnement où là je peux enlever ou ajouter des épaisseurs. Je travaille par couches successives. Mais après je vais en enlever, je vais gratter aussi. Je travaille avec des petites spatules métalliques et par endroits, parce que ça ne me plait pas, au feeling, je vais enlever ce que j’ai mis. C’est faire et défaire, découvrir des traces qui vont rester. J’aime bien donner un aspect vieux parchemin avec des traces d’écriture.

LE MIRADOLE.- Comme un palimpseste en somme?

SEVERINE CHAVANON.- Le palimpseste justement.

LE MIRADOLE.- Et vous ne savez pas forcément ce que vous allez trouver dessous?

SEVERINE CHAVANON.- Voilà et je ne sais pas non plus ce qui va se passer. Je n’ai pas forcément quelque chose en tête lorsque je démarre une toile. Je passe aussi beaucoup de temps regarder la toile. Un peu comme les nuages qu’on observe. C’est comme ça que j’arrive à faire des visages. La toile du Chant des Bulles est un accident de ce type. Je voulais participer à un concours « Musique et vin ». Le projet n’a pas du tout abouti, j’ai tout gratté et en grattant les couches, alors que des papiers s’en vont, il restait des petits bouts de papiers qui adhéraient à la toile. En observant, je me suis dit que c’étaient des poissons. Dans ce cas-là, c’est la toile qui me parle. Du coup, je n’ai pas participé à l’expo.

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LE MIRADOLE.- Vous n’aimez donc pas les thèmes imposés?

SEVERINE CHAVANON.- Ça ne donne pas mes meilleures toiles.

LE MIRADOLE.- Mais comment juger? Et à quel moment pouvez-vous dire : « Là, je m’arrête»?

SEVERINE CHAVANON.- Il arrive un moment où je trouve un équilibre. Mais si je laisse reposer la toile deux semaines, je peux la regarder et me dire qu’il y a un truc à rajouter. Et je suis repartie pour une séance.

LE MIRADOLE.- Pourquoi ne pas vernir la toile pour ne plus y toucher?

SEVERINE CHAVANON.- Pour la petite histoire, il m’arrive de dévernir des toiles. J’enlève le vernis à l’acétone et je retravaille la toile qui était vernie.

LE MIRADOLE.- Ça peut donner une impression de patine… Du coup, votre manière de peindre s’inscrit dans le temps. Vous ne pouvez pas peindre vite.

SEVERINE CHAVANON.- Quand je peins, je ne pense à rien, je lâche prise. Il n’y a plus que ma toile. Tout pourrait s’écrouler autour, moi, je suis suspendue à elle. Je peux peindre toute une nuit, ce n’est pas un problème. Je serais fatigué après mais je suis tellement dans la toile que j’ai du mal à lâcher.

LE MIRADOLE.- Nous aussi, nous avons du mal à lâcher. Une dernière question cependant. Quelle est la remarque sur vos oeuvre qui vous a le plus déplu?

SEVERINE CHAVANON.- C’est un peintre qui marche bien et qui expose dans des galeries qui me l’a faite quand je lui ai montré mon travail. C’était les Inséparables. Son conseil, c’était de moins charger. Il trouvait qu’il y avait beaucoup de petits détails et pour lui, il fallait épurer…

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LE MIRADOLE.- Mais c’est votre richesse justement.

Les toiles de Séverine Chavanon sont visibles sur son mur Facebook mais si vous avez lu l’interview, vous avez compris qu’une rencontre avec les originaux s’impose. Aucune date n’est définie mais des prises de contact sont en cours. Le Miradole vous tiendra au courant.