Scènes d’émeute au Studio

Vendredi, 18h30, le Miradole avait prévu qu’on ne serait pas très nombreux pour la projection de Clash au Studio mais il ne s’attendait quand même pas à une séance pour lui tout seul. Prévenu, le directeur de la MJC l’a rejoint durant le film. Le fait est que votre chroniqueur n’a pas ressenti le désarroi de l’extrême solitude car il s’est retrouvé rapidement embarqué dans un fourgon cellulaire en plein coeur des émeutes cairotes de 2013 avec deux journalistes soupçonnés de connivence avec l’étranger, une dizaine de Frères musulmans, et autant de partisans de l’armée qui vient de renverser le président élu démocratiquement que soutiennent les premiers, bref un microcosme bordélique, pas facile à décrypter si on n’a pas pris soin de réviser un peu. La police anti-émeute fait tampon entre les deux factions manifestantes, à l’extérieur comme dans le panier à salade, embarque à tours de bras (on a tout de même peur à un moment que la fabuleuse Nelly Karim se voit refuser sa place à bord par des flics vraiment trop gentils), se retrouve débordée et n’endosse finalement pas le mauvais rôle: elle, la police pas Nelly qui interprète une infirmière, se contente de massacrer le snipper qui a abattu un officier, autrement dit, il l’avait bien cherché. On avait ouï dire que la répression avait été autrement plus féroce et aveugle. A l’intérieur de la taule, on s’y perd un peu. Certains Frères musulmans sont en costard, parfois sympas, et tout le monde est barbu sauf les femmes et le gamin, les jeunes se foutent sur la gueule pour une histoire de fierté familiale, tout le monde est tendu et on les comprend. Ils crèvent de chaud, sans eau ni toilettes, les flics les passent au jet, les manifestants les caillassent, on craint les lacrymos, les balles, la foule en colère. Le huis-clos est oppressant et techniquement vraiment réussi: la caméra ne sort pas du fourgon, elle filme en gros plan des visages méfiants, des bouches en colère, des plaies saignantes, des yeux inquiets, paniqués ou désespérés. Ça transpire sur tout l’écran et ça hurle à fond dans les enceintes. Les lasers verts du final sont apocalyptiques. L’image est violente, crue, réaliste, évite tous les effets mais percute d’autant plus le spectateur. On ressort groggy par la mise en scène, guère plus avancé sur la situation égyptienne sinon qu’elle est complexe. Seul moment de répit: une pause générale où un Frère musulman obèse qui porte un égouttoir en guise de casque de protection chante comme un pied en avouant qu’il a failli être acteur. L’humour égyptien reprend alors le dessus mais pas pour longtemps. Quand l’humanité aura repris le dessus dans le fourgon, c’est la fièvre du dehors qui fera tout basculer. On a l’impression que ce n’est pas près de s’arranger du côté des pyramides. C’est encore à voir ce samedi 15, le dimanche 16 et le lundi 17 octobre à 18h30.