Retour vers la brocante du futur

Michèle Petitjean règne sur une caverne d’antiquités sans âge rue Mont-Roland. Mais la châtelaine de la Grande Broc’ se tient bien au courant des tendances de sa clientèle. Micro !

LE MIRADOLE.- On a ouï dire que les antiquités-brocante ne se portaient pas trop bien.

MICHELE PETITJEAN.- Je reviens d’Alsace et mes collègues brocanteurs ont eu des week-end vraiment nuls. Ils ont vendu moitié moins que les autres années. Je ne leur dis pas mais ils ne vendent pas parce qu’ils ne se décident pas à changer de marchandises.

LE MIRADOLE.- Les vendeurs de vieilles choses devraient donc proposer de nouveaux produits?

MICHELE PETITJEAN.- Il faudrait qu’ils évoluent avec la demande. En ce moment, elle va vers les années 70-80. Mais il n’y a plus de marchandise. Ce sont des articles qu’on a jetés parce qu’ils étaient dans un style sobre et ça n’a pas énormément plu. Pourtant, c’est ce que notre clientèle jeune recherche, les 35-40 ans. Ceux qui ont su le faire, c’est Ikea et la Maison autour du Monde qui ont copié.

LE MIRADOLE.- Quoi par exemple?

MICHELE PETITJEAN.- Le simili-cuir, le plastique, les poufs, les sièges métalliques

LE MIRADOLE.- Est-ce que le canapé rotin et peau de vache de mon frère trouverait preneur?

MICHELE PETITJEAN.- Le rotin reprend bien, et la peau de vache, on m’en redemande par terre, en tapis.

LE MIRADOLE.- Et ça c’est vintage?

MICHELE PETITJEAN.- Oui, oui, c’est une nouvelle demande, c’est nature et on ne le fait plus: il n’y a plus de tannerie, il n’y a plus de fabrication pour ce genre d’articles. Ikea par exemple a compris ce que voulaient les jeunes avec une customisation directe sur du meuble en pin. C’est du cérusé.

LE MIRADOLE.- Et c’est rusé de leur part de faire du faux vieux.

MICHELE PETITJEAN.- S’ils venaient chercher chez nous l’article de base, il serait moins cher encore. Mais il faudrait qu’ils le travaillent eux-mêmes. Or des jeunes d’aujourd’hui, de moins de 30 ans, ils ne font pas ça.

LE MIRADOLE.- Et le biscuit est toujours à la mode?

MICHELE PETITJEAN.- Ça restera toujours. C’est pour les collectionneurs haut de gamme.

LE MIRADOLE.- Mais c’est pour des gens d’un âge certain tout de même?

MICHELE PETITJEAN.- Oui et non. Enfin, ce que j’appelle jeune dans la brocante, c’est autour de 35 ans. Et là, tu as encore du collectionneur de bibelots dans ce genre-là, et dans la belle vaisselle.

LE MIRADOLE.- Et pour le kitsch, il y a preneur?

MICHELE PETITJEAN.- Oui, c’est le jeune qui redevient comme ça.

LE MIRADOLE.- Mais alors du coup, tout n’a pas été cassé. On en a conservé?

MICHELE PETITJEAN.- Oui, heureusement mais il est cher.

LE MIRADOLE.- Du fait de la demande qui augmente?

MICHELE PETITJEAN.- Non, de la rareté. Je pense qu’on les a gardés, mais ces objets ne sortent pas. Ceux des années 70-80 sont encore dans les familles. Il n’y a pas encore eu la sortie. C’est le style des parents et ça plait aux enfants, donc ils vont garder. Par ailleurs, en ce moment ce qui revient, c’est la poterie et la céramique.

LE MIRADOLE.- Et comment on peut savoir si ça a de la valeur?

MICHELE PETITJEAN.- C’est signé. Par les artistes. Ce que les gens veulent, ce sont des articles signés parce qu’ils investissent.

LE MIRADOLE.- Et c’est répertorié?

MICHELE PETITJEAN.- Le moindre artiste, tu le retrouves sur Internet.

LE MIRADOLE.- Et pour ce qui est des tableaux?

MICHELE PETITJEAN.- Le tableau, c’est le XVIIIème.

LE MIRADOLE.- Et il y a encore des choses abordables?

MICHELE PETITJEAN.- Ah ben non ! Maintenant les gens investissent dans le XVIIIème parce que c’est un tableau qui a de la valeur.

LE MIRADOLE.- Et les reproductions? Si elles sont vraiment bonnes…

MICHELE PETITJEAN.- Aujourd’hui, les jeunes des beaux-arts font des copies au laser. C’est identique, en peinture et tu ne vois pas la différence. On m’a déjà demandé d’en faire faire.

LE MIRADOLE.- Et quels sujets sont demandés?

MICHELE PETITJEAN.- Du religieux, des Christs, des scènes de passion

LE MIRADOLE.- Des Vierges?

MICHELE PETITJEAN.- Oui, on a quelques accros au religieux. Mais il n’y en a pas beaucoup.

LE MIRADOLE.- Une dernière question. Qu’est-ce qu’on vous a demandé dernièrement qui vous a surpris?

MICHELE PETITJEAN.- Ce qui est surprenant, ce sont tous les meubles de métier, avec beaucoup de tiroirs. Mais le plus insolite, ça a été un fauteuil de coiffeur, ceux qui tournent et qu’on voit dans les films. C’est un client qui l’avait chez lui et que j’ai vendu assez rapidement.

LE MIRADOLE.- Mais il faut un loft pour un engin pareil?

MICHELE PETITJEAN.- Oui, un atelier avec des poutres en ferraille pour ne pas dépareiller. Et c’est ça qui prend. En Alsace, j’ai été émerveillée. Je me suis retrouvée comme au cinéma.

LE MIRADOLE.- Avec des vieux fauteuils?

MICHELE PETITJEAN.- Oui ou les bancs d’église immensément longs.

LE MIRADOLE.- Et les pupitres pour gamins?

MICHELE PETITJEAN.- Non, ça, c’est fini. Les enfants sont sur ordinateur: ils n’ont pas besoin de bureau chez eux.

Salon Antiquités-Brocante, Chapelle des Carmélites, samedi 22 et dimanche 23 octobre de 10h00 à 19h00. Entrée: 1 euro au profit de Sentiers en Poésie. Inauguration officielle et petit apéro mondain, samedi 11 heures. A 18h30, Sentiers en Poésie sort le grand jeu. Renseignements: 06 67 72 66 34.

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