Sous le pont des arts

Il y a quelques jours, en longeant le canal, non loin de Choisey, la pluie nous a arrêtés sous un pont. Sur le mur de soutien, cette peinture. Pas récente. Géométrique et sans véritable intérêt (quoiqu’il y ait une certaine maitrise des couleurs complémentaires…), elle ne vaut que par l’endroit où elle a été peinte. Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de ce graphiste de venir, sans doute de nuit, peindre PROPREMENT sur ce mur pas vraiment lisse? Les bavures sous les points extérieurs témoignent du fait que le peintre a utilisé du scotch pour les formes du losange. Pourquoi s’être donné tout ce mal alors qu’il était si simple d’écrire « Nique le pouvoir » ou « Votez Pétain »? Au passage, nous ne félicitons le dénommé Totor d’avoir imposé son surnom ridicule au centre de la figure. L’averse se prolongeant, nous laissons divaguer nos pensées. Max Bill, les Delaunay, le Musée d’Art Urbain et de Street Art, futur Mausa aux Forges de Baudin, Sol Lewitt et le traçage des passages protégés, tout y passe. Contrairement aux grapheurs qui privilégient le mouvement et la rapidité d’exécution, notre artiste choisit Choisey, un pont isolé et désert les nuits de semaine. Il ne revendique rien, ne cherche pas une publicité tapageuse, ne signe pas. Il est pourtant venu avec pas moins de 9 bombes de couleurs différentes dans son sac, un croquis en tête et l’envie d’en découdre avec l’éternité. Une véritable démarche. Une vraie performance ! Saluons l’artiste.