Aurélien Benoist ou le paradoxe de la rétro-contemporanéité

L’atelier d’Aurélien Benoist est un des lieux de création artistique qu’il faut avoir visité à Dole. Ce samedi 5 novembre, l’artiste se sépare d’une partie de son matériel photographique, avec quelques raretés qui feront le bonheur des collectionneurs. On pourra aussi acheter des gravures et des photos à des prix très intéressants. Le Miradole vous conseille donc d’assister à l’inauguration du mois de la photo et de faire ensuite un saut rue du Collège de l’Arc, dans l’ancien collège de grammaire où se trouve l’atelier d’Aurélien Benoist à qui nous avons posé quelques questions qui nous titillaient depuis quelques temps.

LE MIRADOLE.- Vous êtes un garçon moderne, au fait de la technologie contemporaine et pourtant vous vous évertuez à racheter du matériel du XXème siècle, de vieilles machines, vous utilisez encore l’argentique. Expliquez-nous tout ça…

AURELIEN BENOIST.- Je vis avec mon temps. C’est en cela que je suis un artiste contemporain. Mais ces techniques existent depuis longtemps. Autant les utiliser et ainsi pouvoir retourner vers la matière, retrouver un contact avec elle. C’est un peu la caractéristique des nouveaux artistes de ma génération. Après, je trouve important de sauvegarder les techniques et les savoirs. Je m’intéresse à l’histoire et je suis d’ailleurs plus ou moins impliqué comme vous avez pu le voir avec la vidéo sur le vin pendant l’antiquité que je viens de réaliser. Il y a quelque chose qui me parait important là dedans, surtout pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Parler de ces techniques-là, c’est surtout montrer ce que cela a en plus. Le texte en typo a clairement quelque chose en plus que l’imprimante.

LE MIRADOLE.- Mais plus ça ira, moins ce sera facile de trouver ce type de matériel?

AURELIEN BENOIST.- Non. Je vais être honnête, c’est beaucoup plus facile. Les gens, mettant ces procédés de côté, donne beaucoup plus facilement ce matériel ou ils le vendent moins cher. Du coup, financièrement, c’est plus simple. Mais ce n’est pas ça qui fait que je me suis mis à faire de la typo et de la gravure. C’est surtout pour retourner à cette histoire de matière. J’ai besoin de la travailler. Je ne fais ni peinture ni sculpture. Je ne faisais que de la photographie. Le procédé est assez direct. Malgré tout, je suis passé par le numérique et je suis revenu à l’argentique.

LE MIRADOLE.- Mais pourquoi?

AURELIEN BENOIST.- Ça a beaucoup évolué mais ne serait-ce qu’avec l’appareil, il y a cinq ou six ans, on avait, d’après moi, un meilleur oeil, une meilleure vision avec l’argentique. A l’heure actuelle, ça a évolué, c’est du plein format et on a un oeil qui est plus ouvert  mais ça m’a fait revenir à l’argentique. Et aussi, les différents procédés chimiques qu’on a dans l’argentique, et notamment celui que j’utilise énormément, le traitement croisé, je n’arrive pas à l’avoir avec le numérique, à retrouver ce pigment qu’on a dans la diapositive qu’on va développer dans l’argentique, on n’arrive pas à retrouver la même chose dans les procédés numériques et la couleur qui en ressort n’a vraiment rien à voir.

LE MIRADOLE.- Je vais avoir l’air con mais c’est quoi le traitement croisé?

AURELIEN BENOIST.- Il consiste à développer la pellicule diapositive dans un bain argentique, un bain de négatifs. Je croise les deux chimies, ce qui fait qu’on arrive à un grain et une couleur fantasmagorique. Je scane ensuite mais je ne touche qu’à la colorimétrie pour essayer d’avoir quelque chose d’équilibré parce que cette couleur-là, on a du mal à la gérer. Par le scanner, je touche donc la colorimétrie et les pétouilles qu’on a quand on fait de l’argentique.

LE MIRADOLE.- Vous avez donc un scanner tout de même…

AURELIEN BENOIST.- Oui, j’ai même un sacré bon scanner.

LE MIRADOLE.- Cachotier, va !

Vide-Atelier, ancien collège de Grammaire, rue du Collège de l’Arc, samedi 5 novembre, la fourchette horaire exacte reste à préciser.

Détails et contact:

https://www.facebook.com/events/193700647720455/

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