Le Tourdion, un chant universel et intemporel

Alors que l’ensemble vocal approche de la quarantaine avec 35 choristes dont un tiers d’hommes et le double de femmes, le Tourdion n’a pas l’intention de se cantonner au répertoire qu’on lui connait. « Sunrise Mass » a marqué l’aube d’une période de création plus contemporaine. Etats des voix et perspectives avec Lina Samrany présidente et Florence Grandclément chef de choeur. Micro!

LE MIRADOLE.- « Sunrise Mass » est la première oeuvre d’une trilogie dans votre nouveau répertoire si j’ai bien compris?

FLORENCE GRANCLEMENT.- Oui. Mon idée est d’emmener le Tourdion vers de nouveaux horizons parce que le répertoire classique a quand même été largement interprété par de nombreuses chorales et par le Tourdion évidemment parce qu’il commence à avoir une grande expérience depuis 1978. Et l’oeuvre classique est vraiment sa base.

LE MIRADOLE.- On vous associe en effet au classique, au baroque et donc à des périodes anciennes.

FLORENCE GRANCLEMENT.- Avec des affiches prestigieuses comme le Gloria de Vivaldi et cela depuis le départ. Et ce qui nous caractérise aussi, c’est l’idée d’être accompagnés chaque année d’un orchestre, d’un ensemble plus ou moins important selon l’oeuvre, ou par un pianiste ou à l’orgue. Mais souvent une partie du programme est a capella et une partie est accompagnée. Et donc j’ai pensé qu’il pouvait être intéressant de s’appuyer sur cette expérience du Tourdion pour aller explorer de nouveaux répertoires et élargir notre horizon musical et celui de notre public également. Nous allons vers ces compositeurs contemporains qui écrivent dans la tradition classique. Pas du contemporain qui fait peur parce que le contemporain fait souvent peur parfois à juste titre. Là, il n’y a pas besoin de toute une explication pour comprendre l’oeuvre. On part d’oeuvres qui s’appuient sur le texte latin d’une messe ou d’une autre pièce. Ça part donc d’un texte de la tradition mais musicalement, on sent bien que les couleurs sont d’aujourd’hui. Les cordes sont utilisées dans une rythmique qui donne une dynamique proche de ce qu’on entend actuellement.

LINA SAMRANY.- Mais ça reste symphonique.

FLORENCE GRANCLEMENT.- On est donc parti sur des musiques de pays nordiques avec des compositeurs comme Arvo Pärt ou Ola Gjeilo qui a écrit « Sunrise Mass » dans cette tradition nordique du chant choral pour lequel ils écrivent beaucoup depuis un certain temps, avec encore actuellement des oeuvres qui sont écrites et données la même année. Et pour le coup, il y avait quand même un peu de dissonances, des éléments du chant choral d’aujourd’hui. Mais ces pièces ont, par le texte déjà, une force intérieure qui nous transcende en tant que musiciens. Lorsque le compositeur compose une messe aujourd’hui, elle n’est pas prévue pour le culte le dimanche. Il s’appuie sur la spiritualité du texte et c’est ça que ces compositeurs cherchent à développer. C’est ça qui nous touche quand on le chante, qui nous transporte un peu et qui nous aide à venir chanter tous les jeudis soirs, partager la musique et quelque chose un peu au-delà…

LE MIRADOLE.- Ce n’est pas religieux?

FLORENCE GRANCLEMENT.- Non, ce qui nous intéresse, ce n’est pas de dire une messe mais de chanter quelque chose de spirituel

LINA SAMRANY.- L’idée d’Ola Gjelio dans « Sunrise Mass », c’est de toucher à la spiritualité que l’on soit croyant ou pas

FLORENCE GRANCLEMENT.-  Lui pense que la musique permet ce voyage-là à l’auditeur. Dans la « Sunrise Mass », Gjelio fait le chemin, et c’est ce qui est surprenant, à l’inverse des compositeurs. Habituellement le compositeur de messe cherche à emmener l’homme vers Dieu et là, lui, il est parti des sphères. Il n’a pas intitulé ses parties Gloria ou Kyrie mais avec des noms en anglais pour que l’auditeur comprenne bien qu’on est soit dans les sphères, ou in the city, dans le brouhaha de la ville, tout ça pour arriver on the ground et là, c’est la paix, l’agnus dei en fait, le calme et la paix intérieure, l’homme réconcilié avec lui-même, avec ses pairs, la Terre et la nature. Gjelio fait donc le chemin inverse: Dieu vient toucher l’homme.

LINA SAMRANY.- C’était donc l’année dernière et encore un peu cette année puisque c’est la pièce que nous redonnons dimanche 20 novembre à Besançon. Et si on le reprend, c’est parce qu’elle a eu un grand succès l’année dernière. Nous avons eu 360 auditeurs à l’église Saint-Jean qui ont applaudi pendant cinq minutes debout à la fin.

FLORENCE GRANCLEMENT.- C’est dû à la force de l’oeuvre dont je parlais tout à l’heure. C’était la première fois qu’on voyait le public touché de cette manière.

LINA SAMRANY.- On a été nous-mêmes transcendés.

FLORENCE GRANCLEMENT.- Et là, on s’est dit: c’est l’oeuvre. Le Tourdion a très bien chanté mais ce n’est pas la première fois.

LE MIRADOLE.- C’est peut-être la rencontre entre l’oeuvre et la chorale qui a produit ce résultat?

FLORENCE GRANCLEMENT.- L’un dans l’autre, ça a produit une espèce d’osmose. Et on a eu des remarques surprenantes de la part du public. Quelqu’un m’a dit: ça nous a fait plaisir d’entendre de la musique d’aujourd’hui. C’est une musique qui colle bien à notre attente.

LINA SAMRANY.- Sans doute parce qu’elle est d’aujourd’hui mais symphonique et classique en même temps. Le projet du Tourdion, c’est exactement cet esprit-là.

LE MIRADOLE.- Et pour 2017, un nouveau cap?

FLORENCE GRANCLEMENT.- Oui, on part en Amérique du sud, en Argentine, avec une messe qui s’appelle « Misa a Buenos Aires- Misatango », de nouveau en latin,

LE MIRADOLE.- Et l’auteur?

FLORENCE GRANCLEMENT.-  Martin Palmeri. C’est à nouveau une messe avec ensemble à cordes, soprano soliste et bandonéon, Olivier Urbano qui vient du conservatoire de Dijon.

LINA SAMRANY.- Et un piano du conservatoire de Dole.

LE MIRADOLE.- Il y aura d’autres pièces?

FLORENCE GRANCLEMENT.- Le Magnificat d’Arvo Pärt et une petite pièce d’un compositeur américain pour piano et choeur.

LINA SAMRANY.- C’est ce qu’on est en train de préparer pour juin 2017. Et une soprane libanaise chantera avec nous et présentera une pièce d’un compositeur libanais, un chant chrétien d’Orient

LE MIRADOLE.- Cela fait donc un vaste panel…

LINA SAMRANY.- Le projet du Tourdion s’articule justement autour de l’universalité et l’intemporalité de la musique classique. Et dans cette trilogie, elle est composée par des contemporains. C’est la nouveauté que Florence a introduite au Tourdion.

Pour le concert du 20 novembre à 17h00 au Temple Saint-Esprit, le Tourdion rechantera donc « Sunrise Mass ». Le Cortège d’Orphée, choeur bisontin de cinq hommes assurera la première partie avant de se joindre au Tourdion pour la seconde. Entrée 10 euros.

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