Les Fatals Picards sont moins déconnards qu’il n’y parait !

Les Fatals Picards sont bien plus qu’un groupe d’opérette pour le concours de l’Eurovision. Dix ans après leur incartade à Helsinki, ils tiennent toujours la scène avec un humour moins léger qu’il n’y parait et une énergie à toute épreuve. Avant leur passage au Bresstival, Laurent Honel a répondu aux questions du Progrès et le Miradole est venu y mettre son grain de sel.

LE PROGRES.- L’album « Fatals Picards Country Club » est sorti en 2016. Et toujours pas de critique dans les Inrocks?

LAURENT HONEL.- Je ne sais pas. On n’a rien contre le principe mais j’imagine qu’on n’est pas assez classieux. Cela fait partie des médias qui nous boudent régulièrement mais ça n’est pas grave. On peut comprendre même si ça ne nous fait pas toujours plaisir.

LE PROGRES.- Comment a été produit ce huitième album?

LAURENT HONEL.- Comme on est un groupe qui tourne beaucoup et qui a vraiment la faveur du public, sur lequel on a toujours pu compter, on a utilisé le financement participatif pour rendre viable le projet et d’être tranquille en termes de trésorerie parce qu’on est un petit label indépendant, on gère nous mêmes notre tournée et sur nos disques, on s’occupe un peu de tout. On profite du succès populaire que l’on a pour économiquement s’en sortir.

LE MIRADOLE.- Sur la pochette, vous arborez des costumes rétro. Mais rassurez-vous, sur scène…

LAURENT HONEL.- Sur scène, on joue à fond la carte du rock’n’roll. On est habillés avec des T-shirts noirs avec des têtes de mort. On a un look plus conventionnel.

LE PROGRES.- Est-ce qu’on peut encore vous classer dans le punk-rock?

LAURENT HONEL.- J’ai l’impression qu’on nous classera toujours dans le punk-rock quoi qu’on fasse. Quand on ne cherche pas à coller aux productions actuelles, les gens ont tendance à vous mettre une étiquette punk-rock. Moi, ça ne me dérange pas trop même si c’est un peu réducteur. Mais c’est le principe d’une étiquette.

LE PROGRES.- L’album est pourtant extrêmement varié? Vous gardez tout?

LAURENT HONEL.- On est nos seuls censeurs et plus le temps passe, moins on a de limites. D’abord on est grand et on n’a pas envie de plier sous les injonctions éventuelles. Et puis après, on est suffisamment autocenseur pour ne laisser passer que des choses défendables.

LE PROGRES.- Le guitariste que vous êtes s’est fait plaisir avec des instruments exotiques?

LAURENT HONEL.- Yves, le bassiste, est aussi guitariste, joueur de ukulélé et de banjo comme moi. Ça nous fait plaisir de rajouter des trucs comme ça. On a une vrai culture de guitariste. On a la chance de faire une musique qui n’est pas très complexe, ça nous permet d’aborder plein d’instruments et d’en jouer sans forcément être de grands virtuoses.

LE MIRADOLE.- L’étiquette rigolo vous colle aux basques, un peu à cause de votre nom peut-être?

LAURENT HONEL.- C’est surtout à cause notre nom en fait. Si on s’appelait Bénabar ou Tryo avec le même répertoire, les gens ne nous regarderaient pas de la même manière.

LE MIRADOLE.- « Tais-toi et creuse » est même carrément engagé?

LAURENT HONEL.- C’est une chanson que j’ai écrite après avoir lu un article du monde sur ces travailleurs népalais qui mourraient en creusant les infrastructures de la coupe du monde du Qatar. Je suis toujours fasciné et choqué par ce genre de choses. Je ne sais pas comment on peut en arriver là, dégrader autant d’humanité au nom de ce qu’on ne peut même pas appeler un idéal sportif.

LE MIRADOLE.- Et « Le Magnet du Jura »?

LAURENT HONEL.- L’histoire est vraiment sérieuse en fait. Les attentats du Bataclan nous ont directement touchés parce qu’on a perdu notre éclairagiste et une partie de notre équipe y était mais il était hors de question qu’on écrive là-dessus pour ne pas exploiter le sujet parce que ce n’est pas notre genre. En même, l’absurdité totale du terrorisme et du phénomène kamikaze, je trouvais que ça méritait d’être traité en chanson et là par un biais totalement surréaliste, un type qui est prêt à tour faire sauter pour récupérer un magnet du Jura, ça nous paraissait être une manière très détournée de parler de cela.

LE PROGRES.- Après plus de 15 ans, à quoi ressemble votre public?

LAURENT HONEL.- On a un côté très Macron. On n’est ni de gauche ni de droite, on a un public très hétéroclite, des parents avec des gamins parce qu’on fait du rock mais ça reste du rock gentil. On ne fait pas peur sur scène, c’est ludique. Il y a des blagues. Paul fait parfois des gros mots mais il sait qu’il y a des enfants, donc il adapte. En même temps, il y a des gens qui aiment bien nos textes. Ils viennent aussi pour l’énergie qu’on dégage sur scène. C’est un public très Ravensburger. Je suis fier de cela parce que je me fais une idée de l’homme qui passe par la curiosité, la transdisciplinarité, l’ouverture aux autres et je trouve bien que, dans notre public, on retrouve ça.

Bresstival (Fatals Picards, Izo Nomia, Blanker Republic), Bletterans, stade municipal, samedi 27 mai,19 heures, 12 euros, 5 euros -18 ans, gratuit -12 ans. Tel: 06 71 53 71 85.