The Square, Jules Adler ! Jules Adler The Square !

Ce que j’aime bien au musée de Dole, c’est qu’on n’est pas obligé de rester. Et c’est tant mieux parce que je sature assez vite. Avec l’exposition Jules Adler, c’est un peu pareil. J’y suis allé déjà deux fois pour la scénographie. Beau boulot de la part de l’équipe du musée toujours aussi fine dans l’agencement. Et j’y retournerai pour voir les toiles à petites doses.

Contrairement à ce qu’il craignait le Miradole ne s’est pas endormi ni même ennuyé pendant les 2h22 du film de la Palme d’Or: The Square a été en effet été récompensé par le jury cannois 2017 emmené par Almodovar dont le cinéma nous ennuie parfois, et même souvent, en fait.

On parle dans The Square d’un conservateur suédois en proie à une crise existentielle de substance: sa vie sonne creux. Le réalisateur Ruben Östlund fait le portrait d’un individualiste forcené qui se retrouve face à la question de la responsabilité pour un acte qui semble d’abord une bonne idée puisqu’elle fonctionne mais avec un dommage collatéral tout à fait inattendu. L’esthétique du film est aseptisée tout comme la scène de baise sous cellophane plutôt bien vue et son appartement franchement moche. Si l’un des objectifs de The Square est de mettre le spectateur mal à l’aise, c’est assez réussi!

Quand je dis LE, on était un peu plus que moi seul mais bien moins qu’au vernissage d’Adler!… où on n’avait pas vu tant de conservateurs depuis longtemps pour admirer la touche naturalisme d’un peintre du peuple. Enfin, il y a conservateur et conservateur… Pour Adler, comme quand on lit Zola, on oublie le support pour voir le fond, celui de la mine ou des rues de Paris. Enfin rien n’empêche de s’intéresser au coup de pinceau.

The Square ne dénonce qu’assez rapidement la vacuité des oeuvres contemporaines d’artistes en mal d’inspiration et en quête de cash. Et c’est assez drôle!

Au passage, le Miradole aime la plastique du Square proprement dit (fait de pavés et de lumière) même si l’histoire d’espace de bienveillance est une vaste plaisanterie de branlette intello. Östlund est assez subtil sur ce coup-là, un peu moins dans la scène du happening dont la résolution est grotesque et pitoyable (à moins que ça ne soit pour ressembler aux convives du banquet), et c’est d’autant plus dommage que la scène en elle-même est particulièrement intéressante.

Reste le personnage de Christian, fruit parfait de la Dissociété que dénonce Jacques Généreux. Rappelez-vous que nous sommes allés voir ce film parce qu’un critique Masque et la Plume avait dit que c’était un vrai film de droite. Et c’est assez bien vu. La nature humaine qu’incarne Christian le conservateur manque singulièrement de lien social et par conséquent d’échange. L’humain y est fondamentalement seul, volontiers dominant, totalement responsable de ce qui lui arrive et prêt à se faire justice lui-même. Un vrai far-west scandinave où on ne peut compter que sur soi. Chez Wauquiez, on appelle ça la liberté. Souchon qui est tout de même moins con parle d’ultra moderne solitude. Un sociologue durkheimien la taxerait d’anomie. Nous nous contenterons du délitement du tissu social et de la dette envers autrui.

Dans les toiles d’Adler, la mine est inhumaine mais on sent la solidarité populaire: le peuple fait corps. On s’y sent bien. Bon, reconnaissons-le, le Miradole n’est absolument pas objectif sur ce coup-là! Le modèle social qu’on prône ici est aussi à gauche que La Grève au Creusot et on dénonce dès que possible ce que représente la société huppée de The Square. Fallait-il pour autant en faire tout un plat de ce film? Les pauvres y ont la portion congrue mais les prolos n’iront pas voir le film: ils se foutent pas mal de la Palme d’Or, un label qui n’attire que la classe moyenne qui se distingue.

De toute façon, c'est un vrai film de droite. Pas mauvais, loin de là. Mais sans espoir: on y dresse le portrait d’une société glacée et lâche où le seul qui a des couilles, c’est le petit gamin qui vient réclamer des excuses pour une injustice dont il est la victime. Dans La Grève au Creusot, la femme au premier plan fait la même chose: la différence, c’est qu’ils sont des millions pour croire avec elle en un monde meilleur.

Pour le musée, y a le temps d'y aller plusieurs fois et c'est gratuit à chaque fois. Pour le film au Studio MJC, dimanche 29 : 16h45, Lundi 30 : 15h et 20h45, Mardi 31 : 18h15