Demorand, Mussolini et Marianne

Invité de France Inter le vendredi 20 octobre, Pascal Ory a défendu la thèse qu’il soutient dans Peuple Souverain: le populisme d'extrême droite le plus efficace serait issu de la gauche radicale. Le professeur à la Sorbonne estime que même si le lien n'est pas mécanique, « on fait de bons populistes d'extrême droite avec des gens qui ont une expérience d'extrême gauche ». Et de citer Jacques Doriot, Alain Soral ou Florian Philippot. Mais Pascal Ory ose une comparaison plus poussée : « Mussolini, c'était le Mélenchon de 1914 en Italie. C'était le leader de l'aile la plus à gauche du socialisme. Mais en 1919, quand il crée les faisceaux de combat, il est clairement à l'extrême droite, il sert de nervi à un capitalisme aux abois ». Une analogie qui déclenche l'incrédulité du journaliste de France Inter, Nicolas Demorand. Relancé à de multiples reprises, Pascal Ory tente de s'expliquer : « En 1914, Benito Mussolini est clairement le leader de la gauche radicale. Ça ne suffit pas à en faire un futur fasciste, mais passé par la guerre... On peut avoir été un Jean-Luc Mélenchon et devenir un Mussolini, mais ce n'est pas fatal ».

Voilà les faits relatés par le magazine Marianne sauf que l’article non signé oublie de mentionner que Demorand a lourdement appuyé sur sa demande d’explication avec, et là je prends le risque d’être subjectif, une certaine excitation. Pourquoi ne pas dire non plus que Guillaume Musso commence comme le Duce et qu'il pourrait bien finir comme lui tout en ajoutant bien sûr que ce n'est fatal ?

Pensez donc: Demorand tient devant son micro un sorbonnard qui a dérapé (on sent bien à l’écoute qu’ Ory se rend compte qu’il a fait un parallèle malencontreux et qu’il va tomber dans le piège qu’il a ouvert devant lui) et au lieu de dire tout de suite comparaison n’est pas raison, il met volontairement son invité dans l’embarras en lui demandant des explications alors même qu’il a très bien compris que non seulement ce n’est pas fatal mais qu’il sait en propagandiste chevronné que l’amalgame répété que pratique sa radio est efficace. Et pour le coup, c’est Marianne qui rate le coche. Pour épargner Demorand? On espère que non. Quant à nous, nous savons que notre titre est tendancieux et c’est fatal!