Séjour au pays des oeuvriers

Le Miradole vient de passer un petit début de soirée hors du temps. Avec Claude Jeanroch de la société d'horticulture du Jura tout d’abord. Bon c’est peut-être un jardinier émérite mais pas un grand communicant: aux médiathèques du Grand Dole, faudra veiller à dynamiser ces « Potins de jardin ». Il ne faut pas laisser l’intervenant seul avec son papier, faut l’aider à faire vivre son truc surtout quand c’est un manuel qui a plein de choses à montrer et à faire découvrir d’une autre manière que la sempiternelle conf’ ex cathedra (avec l’inoubliable « n’hésitez pas à m’interrompre si vous avez des questions ») où on a du mal à entendre parce que la voix ne porte pas et qu’il y a des agités derrière la cloison. On a tout de même appris que les graines de capucines confites ressemblaient aux câpres et que le pourpier est une salade particulièrement succulente, riche en vitamine C et à la mode. Il y a des tas de manières de récolter les graines suivants les espèces: les trucs mis au point sont vraiment futés. Depuis avril, une grainothèque est à la disposition des gens du coin à Tavaux, aux Mesnils-Pasteur et au Poiset. Et me direz-vous, qu’est-ce qu’une grainothèque?

Graines de partageux

C’est en vérité, une grande boite dans laquelle sont classées des sachets de graines prêtes à l’emploi. Pas même besoin de la carte de bibliothèque, on peut venir se servir en quantité raisonnable quand même, en se présentant aux heures d’ouvertures des bibliothèques: on peut même venir avec des graines à donner. On vous donne des enveloppes adéquates sur place et on vous demande simplement de noter la provenance exacte de ces graines. On est allés ensuite voir les vieux métiers du terroir chez Adler au musée. Effet boeuf pour les fagotiers de balais qu’on aurait cru dans un tableau en 3D.

Le Miradole a aussi échangé avec le sabotier: saviez-vous que les apprentis s’exerçaient sur des betteraves? Comme ça, on ne perdait rien jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment affutés pour attaquer l’ouvrage de bois. Un bon artisan taillait ses quatre paires de sabots par jour, et le nombre est allé croissant avec la division des taches et la préparation du travail par les arpettes. Un travailleur moyen usait environ trois paires par an et prenait soin de changer de sabots suivant ses activités afin de les user jusqu’au bout.

Graine de faiseurs

En conversation avec Jacques Roux hier, celui-ci se désolait de l’inculture générale des jeunes. Je lui ai fait remarquer que notre génération avait inventé le trivial pursuit et que c’était une culture aussi utile que le jeu des 1000 euros en Amazonie. Il s’est alors rappelé ce petit turc d’à peine 10 ans qui lui avait expliqué en manipulant son téléphone portable qu’il ne pouvait pas prendre de photo sans carte SD. Le savoir-faire de tous ses faiseurs est largement aussi important que la culture G qui n’est finalement que celle des bourgeois. L’une n’empêche pas l’autre mais est-ce qu’associer 1515 à Marignan a plus de sens que de continuer à faire des sabots en bois quand de magnifiques crocs roses vous attendent à l’hyper du coin? Et qu’en dirait Adler? A ce propos, sans l’oeil d’Yves Regaldi, nous aurions raté ce soir un petit moment de bonheur en contemplant une foule dans la première salle du musée. Y a parfois du grand art chez Adler...