Du frisson dans les branches

Ecrivain, traducteur, chroniqueur et grand lecteur, Patrick Eris vient d’obtenir le Prix Coup de Coeur de la Presse Jurassienne. Son dernier roman « Les Arbres, en hiver » se passe en effet dans le Haut-Jura. Massacres sans tronçonneuse, suspense flottant et flic atypique. Le Miradole a apprécié cet univers qui pourrait bien être le nôtre, le style limpide et élégant et l'auteur, disert et plein de références. Micro. 

LE MIRADOLE.- Avec ce roman, « Les Arbres, en hiver », vous n’en êtes pas à votre coup d’essai?

PATRICK ERIS.- Non puisque j’ai commencé très jeune et que j’ai eu ma première publication professionnelle à 20 ans. Quand je suis passé au roman au Fleuve Noir, simplement en l’envoyant par la poste parce qu’à l’époque c’était encore possible, j’étais leur plus jeune auteur.

LE MIRADOLE.- Anticipation, espionnage, fantastique, polar, vous faites toujours dans les « mauvais genres »?

PATRICK ERIS.- Tout à fait. Je suis un auteur populaire et je l’assume. Ce sont des combats d’arrière-garde de toutes façons. Il y a peut-être encore des gens qui s’y tiennent mais je n’en ai jamais rencontré. Le polar, et surtout lui, est quand même plus reconnu aujourd’hui. D’une certaine façon, il s’est embourgeoisé aussi, mais ça, c’est une autre histoire.

LE MIRADOLE.- Quels sont vos liens avec le Jura?

PATRICK ERIS.- J’ai une relation assez forte avec lui. Je n’y ai pas habité mais par contre, mes parents, côté maternel et paternel, étaient de la région. Je la connais donc depuis que je suis tout petit. Et en 2003, à la mort de mon père, j’ai gardé la maison pendant quelques temps. Cela a encore ravivé la passion que j’en avais et comme tout le monde me disait depuis longtemps que, quand je commençais à parler du Jura, je devenais lyrique, je me suis dit que ça faisait un bon sujet. Dans mon précédent roman « Ceux qui grattent la terre », la seconde partie se passe déjà dans le Jura. Et là, quand j’ai eu le contexte des éditions Wartberg qui est le polar en région, j’ai attaqué… Polar en région ne signifie pas non plus polar régionaliste avec tout ce que ça sous-tend de contraintes. Mais j’espère que l’amour de la région transparait. Quand je parle des lacs, on doit se douter que je ne me suis pas contenté de Google Map. Quand quelqu’un parle d’un endroit qu’il ne connait, je trouve que ça se ressent de l’autre côté. Il manque quelque chose de vraiment charnel.

LE MIRADOLE.- Dans « Les Arbres, en hiver », votre narrateur est un gendarme pour le moins spécial, non?

PATRICK ERIS.-Tout à fait. J’ai tout fait pour mettre le mystère sur ce personnage. Est-ce que sa relation avec la forêt est vraie ou pas? Je pense que je laisse les deux interprétations puisque je mets quelques petits indices dans le roman. C’est un narrateur, ce qui est difficile pour moi parce que je préfère en général la troisième personne qui offre beaucoup plus de souplesse. Mais là, on devait être dans la tête du personnage du début à la fin. Comme tout est vu par ses yeux, j’ai mis des petits détails… Est-il totalement fiable? Ce qu’il voit est-il vrai? Je pense que les lecteurs attentifs ont vu les petits indices.

LE MIRADOLE.- Est-ce qu’il y a une part de vous dans ce personnage?

PATRICK ERIS.- J’ai une façon d’écrire qui est un peu particulière. Je suis un peu comme un acteur qui se met totalement dans la peau de son personnage. Il y a un point sur lequel je ne me pose pas de question, c’est comment il va réagir parce que j’y vais à l’instinct. Je peux vous dire qu’être dans la tête de ce type-là pendant six mois, ça n’a pas toujours été facile, en essayant de garder la logique qui lui est propre, son côté complètement idiosynchratique aux limites de l’autisme. Pour moi, c’était un peu risqué. Il fallait accepter que ce soit une étude de personnage. Ce dont j’ai horreur, c’est ce qu’on appelle le héros attribué, quelqu’un qui sait tout depuis le départ. Mon idée, c’est de mettre quelqu’un dans une situation et qu’il essaie de s’en sortir. Je trouve ça beaucoup plus intéressant que le « méga-profiler-de-la-mort-qui-tue » qui n’a qu’à claquer des doigts pour tout résoudre. Mon personnage paie toute cette histoire dans sa chair. C’est un peu le rôle de l’enquêteur comme l’a défini Ellery Queen, le porteur de la vérité de la tragédie grecque, une vérité qui fait mal.

LE MIRADOLE.- Quelques mots sur l’univers du roman?

PATRICK ERIS.- Anticipation, monde parallèle ou uchronie, comme on veut. Ou encore une bonne partie des choses se passent dans la tête de notre protagoniste.

LE MIRADOLE.- Six mois d’écriture avez-vous dit… C’est long pour vous?

PATRICK ERIS.- J’ai l’habitude de travailler vite. C’est une bonne école. Mais comme je le disait aussi, le roman n’a pas été vraiment facile à écrire. J’ai toujours un peu de mal à démarrer. Il faut vraiment que je m’installe dans le roman et à partir de là, je peux foncer. Pour la fin de « Les Arbres , en hiver », les pages défilaient toutes seules.

« Les Arbres, en hiver », meurtres en série dans le Jura, par Patrick Eris aux éditions Wartberg, collections Zones Noires, 12,90 euros, 215 pages.