La crèche sort en boîtes

«Alors, voilà, Monsieur le curé, étant donné que nos santons de Provence restent introuvables et que nous traversons des temps de crise aussi bien économique que morale, j’ai pensé, en tant que responsable départemental de la communication aux Scouts d’Europe, qu’il était peut-être temps de renouveler notre crèche paroissiale. Je sais, ce projet peut paraître quelque peu avant-gardiste mais il est haut en symboles. D’ailleurs, laissez-moi vous préciser certains points importants. Le couvercle des boîtes rappelle la sainteté des deux parents, Marie et Joseph, que j’ai obtenues pour une somme très modeste qui correspond tout à fait à leur condition sociale, autrement dit, ce sont des auréoles. Pour l’enfant Jésus, j’ai opté pour une boîte d’anchois portugaise, l’anchois, ce petit poisson fragile, le poisson, symbole des premiers Chrétiens et la fragilité, celle de la divinité incarnée dans un nourrisson tout frais. Pourquoi portugaise, me direz-vous? C’est parce que c’est la boîte qui est portugaise, pas l’anchois. Observez tout de même que cette première est finement argentée et pas encore ouverte, ouverture que nous pourrions pratiquer durant la messe de minuit pour provoquer un bel effet de surprise. Les premiers amis du Christ sont représentés par un boeuf bourguignon et une boîte de cassoulet customisée, l’âne n’étant pas officiellement commercialisé en conserve. J’ai vérifié les dates de péremption: rien à craindre du côté des services sanitaires. Je vois à votre expression, Monsieur le curé, que le projet vous surprend. Je suis moi-même un peu dérouté par ma propre imagination mais le correspondant local du Progrès m’a promis un article dans les pages temps libre si nous finalisions cette crèche pour le début de l’Avent. Nous pourrions ainsi attirer quelques curieux supplémentaires. Je vous laisse donc libre de votre décision et, si vous choisissez le projet «pâte à sel colorée» de Renaud, je n’en prendrai absolument pas ombrage. Mes parents, comme vous, un peu désarçonnés par le côté osé de l’aventure, sont prêts à exposer ces santons du XXIème siècle dans leur garage.»