Le Printemps des Poètes sans se faire chier mais avec Hippo

13 mars

Pour une fois, un poème un peu long qui est en fait une chanson. Hippocampe Fou est un rappeur atypique qu'on connait bien à Dole  puisqu'il a trainé ses jeux de mots aux Caves puis au Moulin de Brainans, il y a deux ou trois ans. On l'a aussi vu au Média hier soir et derrière lui aux platines, Lucas Dorier, que nous saluons, lui et toute sa famille. Ici le Miradole, à vous, les Studios à Cognac-Jay.

Lent

Les années filent, qu'on soit rat des villes ou rat des champs 

La plupart des gens courent, moi, j'déambule les bras ballants 

On bat des cils et pouffe des rides, des touffes de cheveux blancs 

Ils se dépêchent de vivre, moi, j'existe et j'prends mon temps 

J'suis pas vif, plutôt végétatif

J'fais d'l'hypotension, comme un vieux loir sous sédatifs

J'raconte des histoires avec un débit soporifique

Tout mon auditoire s'ennuie ferme, on dirait l'Hémicycle

J'ai dû avaler une feuille de laitue mal lavée

Sur laquelle un escargot et une tortue avaient bavé

Car, toutes les trente secondes, j'ai besoin d'un break

J'compte bien faire le tour du Monde en quatre-vingt siècles

Les années filent, qu'on soit rat des villes ou rat des champs

La plupart des gens courent, moi, j'déambule les bras ballants

On bat des cils et pouffe des rides, des touffes de cheveux blancs

Ils se dépêchent de vivre, moi, j'existe et j'prends mon temps

Au lycée, j'ai dû prendre le pli mais

J'étais toujours le dernier à rendre ma copie

Dans les soirées, j'évite d'aller faire pipi

Car, quand je ressors des toilettes, la fête est finie

Après dix-sept mois de grossesse, ma mère accoucha d'un zombie

Mon nom d'famille, c'est Gonzales, mais je suis loin d'être Speedy

Oui, j'avance au ralenti, faut qu'je rachète un ordi'

Mais, le temps que j'le branche, il ne sera plus sous garantie

Les années filent, qu'on soit rat des villes ou rat des champs

La plupart des gens courent, moi, j'déambule les bras ballants

On bat des cils et pouffe des rides, des touffes de cheveux blancs

Ils se dépêchent de vivre, moi, j'existe et j'prends mon temps

Depuis ma plus tendre enfance, les gens me crient : "Dépêche-toi"

En colo, les monos m'ont déjà oublié dans les bois

C'est la vitesse qu'on encense, personne ne conte mes exploits

Ceux qui m'aiment sont tiraillés entre rage et désespoir

J'me dis qu'j'suis perfectionniste, mais est-ce bien la vérité ?

Le temps qu'j'prépare le dîner, les aliments sont périmés

J'rentre dans ma douche à l'aube, j'en ressors au crépuscule

Faut qu'j'me grouille, j'suis à la bourre, j'vais rater ma sépulture

Si nous sommes réunis ici aujourd'hui, c'est pour dire adieu à notre cher Hippo

qui nous a quittés trop tard