Secoué(e)s!

Le Miradole assistait hier soir à la première doloise de Guérillères ordinaires. Il en est ressorti secoué, presqu’autant que ces femmes qui se racontent dans un décor d’une inquiétante sobriété. L’auteure Magali Mougel nous avait expliqué que ces trois paroles de femmes revenaient sur un épisode décisif et crucial de leur vie. « Le premier texte s’appelle « Lilith à l’estuaire du Han » et il tente de ré-interroger l’affaire Courjault par le prisme de la fiction pour essayer de comprendre ce qui conduit à l’infanticide et à la congélation de fœtus. Le second texte, « Léda, le sourire en bannière », part d’une interrogation fondée sur les stéréotypes de beauté, plus précisément dans le monde de l’entreprise, en lien avec le statut des hôtesses d’accueil à qui on demande de répondre à un certain nombre de critères, notamment pondéraux. Le troisième texte, plus bref, s’appelle « La Dernière battue » et interroge la question de l’homosexualité chez les femmes et la manière dont cela peut être condamné par la communauté. » Voilà pour les trames narratives qu’on comprend à travers des récits qui se jouent savamment de la chronologie. Sur la langue de Magali Mougel, pas la peine de cumuler les adjectifs et les en même temps. Elle garde le spectateur captif dans les filets d’une mélopée envoûtante. Les quatre comédiennes sont à la hauteur du défi que représente le monologue, chacune dans un registre très particulier: coup de chapeau au passage pour Anne Bisang, la metteure en scène, qui a su leur faire trouver les intonations parfaites. On est ressorti avec une impression de malaise, un malaise voulu par Magali Mougel qui dérange volontiers et volontairement. Elle parle beaucoup du corps des femmes dans son rapports aux hommes, au marché, à toutes sortes de domination. On laissera à chacun le soin de choisir si ces Guérillères ordinaires remportent ou pas une victoire sur le sort. Pour notre part, on penche plutôt vers la tragédie mais ce spectacle est un appel, sinon à l’action, du moins à une réflexion en profondeur. A ne pas manquer s‘il reste encore des places.   

Mercredi 4 et jeudi 5 avril, un spectacle proposé par les Scènes du Jura, à la Fabrique. tel: 03 84 86 03 03.

Merci à SdJ pour les photos