Voyage au centre de la planète Chickadee

La compagnie Chickadee termine à peine une saison triomphale avec « Secrète Famille ». Pas le temps de souffler pour quatre d’entre eux et notamment le tandem Chandon-Dorier qui embarque sur « L’île très mystérieuse », une adaptation du roman quasi-éponyme de Jules Verne. Nous sommes allés cueillir Jean-Jacques Dorier sous les arbres de son jardin pour nous expliquer de quoi il retourne dans cette adaptation très adaptée. Micro…

LE MIRADOLE.- Vous terminez un spectacle où vous étiez huit, neuf…

JEAN-JACQUES DORIER.- On était sept.

LE MIRADOLE.- Et là vous vous engagez sur quelque chose de plus réduit…

JEAN-JACQUES DORIER.- On est quatre mais on appelle toujours ça grande équipe pour distinguer ça de nos duos. Un quatuor vocal et de comédiens.

LE MIRADOLE.- Et cette fois-ci, c’est Jules Verne.

JEAN-JACQUES DORIER.- Oui, L’île Mystérieuse, rebaptisée L’île très Mystérieuse.

LE MIRADOLE.- Vous êtes tombé, comme tout le monde sur Jules Verne quand vous étiez petit?

JEAN-JACQUES DORIER.- Oui, ça fait partie des bouquins qu’on a lu il y a très longtemps. Celui-là, puis d’autres. Comment c’est venu? Nous, on cherche toujours un nom qui est accrocheur et que les gens identifient tout de suite. Sherlock Holmes, Brassens, un nom qui fait que même si nous, on n’est pas ultra connu, au moins, il y ait un nom dans le titre qui soit ultra connu. Et puis, on aime bien Jules verne, même si en relisant on a trouvé pas mal de limite à son écriture. Il y a du coup pas mal de choses qui sont marrantes même à l’insu de son plein gré. On voulait aussi vraiment revenir à un truc de divertissement, d’aventures. Dans Secrète Famille, il y a avait un message même si ce n’était pas vraiment un engagement. Alors que là, on revient sur une adaptation de livre dynamique, déjantée, un peu façon Dog des Baskervilles.

LE MIRADOLE.- Ça reste quand même une histoire à grand spectacle, non?

JEAN-JACQUES DORIER.- Notre concept, c’est de faire avec un minimum de choses sur scène. En coulisses, il y a pas mal de petits accessoires ou de choses millimétrées qui sortent pour un oui ou pour un non.

LE MIRADOLE.- Comme pour le Dog des Baskervilles?

JEAN-JACQUES DORIER.- Oui, mais visible du côté scène, il y a trois fois rien. En l’occurrence, il y a un fond noir, quelques instruments de musique et encore pas tous au début… et puis c’est tout. Après il y a des astuces, on est plus dans l’imaginaire, on imagine qu’on est sur une ile déserte, dans une montgolfière, l’attaque des pirates.

LE MIRADOLE.- Un peu de vidéo?

JEAN-JACQUES DORIER.- Pas de vidéo. Un peu de théâtre d’objets.

LE MIRADOLE.- Et on reste dans le spectacle musical?

JEAN-JACQUES DORIER.- Oui, il y a une vingtaine de chansons  dont beaucoup sont complètes pour une heure 32 de spectacle. Comme on est quatre et vraiment quatuor vocal, on s’est dit: on met le paquet sur le côté chant qu’on aime bien. Et là, on peut faire quelque chose de très chouette au niveau polyphonie. Et au niveau chorégraphie. Et c’est un quatuor qui sonne vraiment bien. On a une vraie basse, Xavier Forgeot, il est accordéoniste. Moi, du coup, je mets en ténor. Je suis baryton mais j’ai un registre assez large. Catherine (NDLR: Chandon) reste en soprane. Et Mylène (NDLR: Liebermann), la nouvelle recrue, est plus mezzo. Elles se sont partagées les voix de femmes, en croisant un peu. Mais grosso modo, les voix d’alto et mezzo sont faites par Mylène et les voix de soprano quand c’est très haut par Catherine. Ça permet de toucher à tous les styles.

LE MIRADOLE.- Vous faites toujours des reprises?

JEAN-JACQUES DORIER.- On n’écrit pas vraiment de chanson mais on peut récrire des paroles par contre et modifier un petit peu des textes mais les chansons existent dans du répertoire très varié avec toujours un intérêt pour les années 60-70 anglo-saxonnes.

LE MIRADOLE.- On ne se refait pas…

JEAN-JACQUES DORIER.- Mais c’est le premier spectacle où il n’y a aucun Beatles. Mais il y a les Beach Boys par exemple.

LE MIRADOLE.- La polyphonie va donc fonctionner plein pot!

JEAN-JACQUES DORIER.- On a mis des Pink Floyd (chanté), Cat Stevens, Kate Bush. Y a de la chanson française, du Gotainer par exemple, complètement déjanté, Nino Ferrer, Boris Vian, Juliette. Et comme il y a un bateau, on a mis des chants de marins. On arrive à une vingtaine de chansons. Un peu de Rubettes aussi… qui a priori n’ont absolument rien à voir avec l’histoire de Jules Verne. Mais c’est toujours pour illustrer un moment, un évènement, l’état d’esprit des naufragés.

LE MIRADOLE.- Et qui sont-ils?

JEAN-JACQUES DORIER.- On a retenu quatre des cinq personnages du bouquin. Dans le bouquin, ce n’est que des hommes déjà. C’était un peu problématique et du coup, là, on a deux femmes,  deux hommes. Il y a un rôle de domestique dans le livre et en plus, c’est un domestique noir.

LE MIRADOLE.- Il s’appelle Ned, non?

JEAN-JACQUES DORIER.- Non, Nab, mais on en a fait une domestique beaucoup plus futée et vive que le domestique black et servile du bouquin.

LE MIRADOLE.- On l’a parfois reproché à Jules Verne…

JEAN-JACQUES DORIER.- Tout ce côté-là, on s’en moque un peu, tout ce qui est très macho, colonialiste, scientiste à outrance… on a décalé pas mal de choses. Le rôle principal du bouquin, c’est Cyrus Smith, un ingénieur qui sait tout faire, qui connait tout dans tous les domaines, qui est génial et là, c’est une scientifique, Prunil Smith, on a gardé le nom mais pas le prénom. On imagine dans l’époque une scientifique qui est même au-dessus des hommes de l’époque.

LE MIRADOLE.- En revanche vous restez dans l’époque?

JEAN-JACQUES DORIER.- Oui, les anachronismes, c’est les chansons. Mais on est quand même dans l’époque, même au niveau des vêtements, ça reste fin XIXème. Les dates qu’on cite, c’est 1865, c’est les dates du bouquin. Et puis on a gardé tel quel le personnage du marin au long cours, Pencroff, un peu bourru, un peu Popeye, un peu Haddock. Et puis moi, le journaliste Gédéon Spilett, il est conforme au bouquin sauf qu’on en a fait quelqu’un de vraiment citadin qui n’est jamais vraiment sorti de son bureau de journaliste et qui du coup sur une île déserte est quand même vraiment très craintif. Il prend un peu d’assurance au fur et à mesure mais il a vraiment peur de tout au départ. Et dans le bouquin, ce n’est pas comme ça. dans le roman, ils sont tous très courageux. Ils ont tous des compétences incroyables depuis le départ. Alors que nous, on a voulu plus trancher un peu plus féministes déjà et puis, le personnage de Spilett est vraiment paumé sur son île au début. Dans le bouquin, il y avait un jeune, il s’appelait Harvey, je crois. Ce n’était pas hyper intéressant et on l’a enlevé. On a donc quatre des cinq personnages. Après, il y a une grande importance du chien, parce que dans le bouquin, il y a un chien qui s’appelle Top et là, on l’a appelé Youki… bon là, je ne peux tout dévoiler. Il a un rôle important. Tout le monde est un peu gaga devant ce chien. Grosso modo, c’est assez fidèle au bouquin sauf qu’on n’a pas voulu virer dans le colonialisme fin XIXème.

LE MIRADOLE.- Et côté scientisme?

JEAN-JACQUES DORIER.- Ce qui est assez marrant, Jules Verne écrivait au kilomètres et je ne sais pas s’il se relisait, enfin… bref, des fois c’est très maladroit, donc c’est très drôle. Il y a des phrases qu’on a reprises tel quel et qui ne paraissent même pas français. Et il y a beaucoup d’erreurs scientifiques, d’approximations ou de choses qu’on ne connaissait pas à l’époque.

LE MIRADOLE.- Mais est-ce qu’il n’était pas exact à l’époque et historiquement dépassé aujourd’hui?

JEAN-JACQUES DORIER.- Non, il n’est pas exact. Parce qu’en plus c’est très descriptif et donc, il y a des scènes qui font des pages et des pages de botanique, de géologie. Son grand truc, c’est les animaux qu’on découvrait à l’époque et on ne savait pas trop s’ils étaient méchants ou pas. Et à un moment donné, ils découvrent un dugong…

LE MIRADOLE.- Un quoi?

JEAN-JACQUES DORIER.- Un dugong, c’est une vache marine en fait.

LE MIRADOLE.- Hi hi hi!

JEAN-JACQUES DORIER.- Alors c’est une espèce de truc qui doit faire cinq ou six mètres, un peu comme un éléphant de mer et ils étaient persuadés que c’était carnivore et très méchant. Alors c’est toute une description d’attaque, un peu comme celle du calamar géant dans 20 000 lieues sous les mers, alors que c’est un animal très placide, herbivore qui broute au fond des baies.

LE MIRADOLE.- Une sorte de lamantin…

JEAN-JACQUES DORIER.- Ouais, un truc comme ça. Alors toute la scène où Jules Verne décrit une attaque pas possible, la bestiole qui va faire chavirer un bateau, en fait c’est complètement inventé. Il a dû écrire ça à Nantes en se disant ça doit être comme ça dans le Pacifique. des erreurs comme ça, c’en est émaillé. Et puis, il y a toute une théorie de refroidissement climatique. Alors là, c’est quand même drôle parce que du coup, c’est complètement à l’inverse. Il n’y a pas un seul instant l’idée que le climat va se réchauffer à cause de l’industrie. Pas du tout. au contraire, le climat se refroidit, les régions tempérées vont devenir polaires, les gens vont refluer, c’est complètement à côté de la plaque. Alors on a repris ça parce que c’est assez drôle. Il n’imagine pas du tout que ça puisse venir de l’atmosphère. A l’époque, ce n’était pas du tout prévu. Lui compare avec la Lune, un astre qui s’est refroidi. Les feux intérieurs du globe vont se refroidir. Il imagine que c’est très rapide en plus. Pas de l’ordre d’une génération mais de quelques siècles avec des populations qui vont devoir aller vers l’Équateur pour retrouver des conditions correctes.

PARTIE CENSURÉE PARCE QU’ON Y APPREND QUE…ET PUIS QUE… ET ENFIN QUE…

LE MIRADOLE.- Vous avez testé avec un public?

JEAN-JACQUES DORIER.- On a fait un filage complet devant des adultes… et des enfants et ils ont adoré parce que c’est hyperdynamique.

LE MIRADOLE.- Y a plusieurs degrés de lectures comme d’habitude?

JEAN-JACQUES DORIER.- Oui. Pour les scolaires par exemple, ça sera plus accessible que le Dog des Baskervilles où les clins d’oeil sont plus sur la langue et sur le côté brittish, et où on joue 10 personnages à 2, alors que là, on joue chacun son personnage de bout en bout. C’est quand même plus simple au niveau de la façon de faire.

Catherine Chandon, dans le rôle de la scientifique Prunil Smith, soprano et metteuse en scène

Mylène Liebermann, dans le rôle de Sasha, la domestique, mezzo-soprano

Jean-Jacques Dorier, dans le rôle de Gédéon Spilett, le journaliste, baryton, guitare...et arrangements musicaux

Xavier Forgeot, dans le rôle de Pencroff, le marin, basse et accordéon.

Il est conseillé de réserver au 06 67 78 43 34 (ou par mail: catherine.chandon@orange.fr) pour les premières à la salle Jean Ferrat (salle des fêtes) de Brevans, vendredi 15 juin à 21h00; samedi 16 juin à 16h00 et 21h00. Tarifs: 10 euros adultes/ 5 euros jeunes/ gratuit moins de 10 ans.

Régime de faveur habituel pour les Brevanais.

Petit bravo à Lucien Puget qui signe l’affiche.